Au-delà des résolutions- À l'Intérieur des Syndicats, les Forces Anti-Guerre Mobilisent l'Opposition

Depuis quelques mois une sensation de dynamisme grandissante, quoique inégale, contre une guerre imminente en Irak s'est répandue à travers le mouvement travailliste aux Etats-Unis et dans le monde.

Avant l'automne 2002, l'opposition syndicale à la guerre était isolée dans des foyers organisés à prime abord dans de petits comités anti-guerre ad hoc de grandes villes tels que Les travaillistes de New York contre la guerre et le Comité travailliste pour la paix et la justice de la Baie de San Francisco.

Plus tard dans l'automne, un nombre grandissant de résolutions anti-guerre sont venues de groupes travaillistes américains. D'abord provenant de quelques fédérations dispersées, elles sont venues après de groupes plus importants. Les premières résolutions de grands corps tels que la Fédération californienne des enseignants, SEIU local 1199, et le Teamsters, local 705 ont ouvert la voie à d'autres syndicats pour s'engager dans cette cause. Le 11 janvier 2003 une centaine de représentants se sont rencontrés pour créer un seul corps national, les Travaillistes américains contre la guerre, soit USLAW (U.S. Labor Against the War).

En mars 2003, près de 130 syndicats locaux, 45 conseils travaillistes centraux, 26 corps régionaux, 11 syndicats nationaux/internationaux et le Conseil exécutif du AFL-CIO avaient prononcé des résolutions condamnant les actions de l'administration Bush au sujet de l'Irak dans des degrés différents de criticisme.

L'opposition à la guerre visait le prix énorme à payer - prix en vies de travailleurs et dollars d'impôts - et la peur que l'administration Bush utiliserait la guerre comme prétexte pour brimer encore plus les droits des travailleurs. Ce sont particulièrement les syndicats des travailleurs du secteur public qui ont sonné l'alarme au sujet des coupures budgétaires inévitables qui feront immanquablement mal au public et à leurs propres membres.

Cette marée de résolutions - tout en étant efficaces pour créer de l' espace politique aux travailleurs et syndicats pour se proclamer contre la guerre - ne s'est pas traduite de façon égale dans une mobilisation forte des syndiqués de la masse.

Ron Lare, un ancien représentant du syndicat UAW, local 600, à Dearborn au Michigan, parle des difficultés rencontrées dans sa fédération même après l'adoption de la résolution : Dans certaines fédérations, dont la mienne, il n'y a pas eu de discussion à travers la fédération, ni même de la publicité des résolutions anti-guerre avant ou après leur adoption. Est-ce qu'une fédération est anti-guerre si ses membres ne savent pas qu'elle l'est ?

Dans certaines fédérations, une résolution a connu de l'opposition après son adoption parce que certains membres n'approuvaient pas le fait que le syndicat se prononce sur un sujet discutable. Ils disaient soit « Puisque la guerre est sur le point d'être déclarée, le pays devrait s'unir derrières nos soldats » ou encore « le Président a raison de vouloir chasser Saddam Hussein.

Certains présidents de fédération ont dit que leur syndicat ne devrait pas parler de la question de la guerre par respect pour les sentiments du comité local des vétérans. Il n'est pourtant pas manifeste que les comités de vétérans soutiennent généralement de façon proactive des plans de guerre.

Dans la fédération Région 1 du syndicat UAW, à Détroit, le directeur régional a invité certains comités de vétérans à rencontrer l'ancien membre du Congrès, M. David Bonior, lui-même un vétéran et un opposant à la guerre en Irak. Les vétérans ont été impressionnés par les arguments de M. Bonior.

Comme la menace de guerre est devenue plus évidente vers la mi-mars, plusieurs syndicats sont allés plus loin que la proposition de résolutions en exprimant plus directement et de façon plus organisée des sentiments anti-guerre.

ACTION INTERNATIONALE

L'action travailliste anti-guerre a été bien plus militante en dehors des Etats-Unis. Le 11 mars, des débardeurs italiens ont fait la grève pendant la dernière heure de leur quart de travail pour protester contre l'utilisation militaire américaine des ports italiens. Près de Livorno en Italie des débardeurs et travailleurs de chemins de fer (avec le soutien de leur syndicat) ont refusé de transporter et de décharger des approvisionnements militaires américains, pendant qu'en Ecosse, deux ingénieurs de train ont refusé d'embarquer ou d'opérer une locomotive transportant des approvisionnements destinés à une base militaire sur la Côte Ouest du pays.

Help Put the Movement Back in the Labor Movement

Become a Labor Notes Monthly Sustaining Donor

Monthly donors receive a free "Fight the Boss, Build the Union" T-shirt and a subscription to our magazine. Donate Now. »

Le syndicat britannique des ingénieurs (Associated Society of Locomotive Engineers and Firemen) a donné son soutien à ces travailleurs et a annoncé aussi que des actions similaires pourront encore arriver. Les cinq syndicats britanniques les plus importants ont dit qu'il y aurait des grèves surprises si la guerre a lieu. La CGIL, le plus grand syndicat d'Italie, a promis une grève générale immédiatement après une déclaration de guerre à l'Irak.

IG Metall, le plus important syndicat en Allemagne, a fait un appel similaire, encourageant ses 2,6 millions de membres dans l'industrie métallique d'arrêter le travail pendant 10 minutes le 14 mars pour protester contre la guerre. Cet appel a été secondé par l'ETUC (le AFL-CIO européen) qui a indiqué le 14 mars comme une journée pendant laquelle leurs membres pourraient faire des arrêts de travail à travers le continent.

Le syndicat australien, Construction Forestry Mining and Energy Union a averti que 10.000 de ses travailleurs vont participer à une grève dans les sites de construction le jour òu la guerre contre l'Irak commence.

En même temps, au Pakistan, un pays dont le soutien à une guerre dirigée par les Etats-Unis est vu comme crucial, le syndicat All-Pakistan Trade Union Federation a montré une forte opposition à la guerre. Rubina Jamil, le président du syndicat (qui représente plus de cinq millions de travailleurs pakistanais) a demandé des actions allant de rassemblements à des grèves de la faim devant des ambassades américaines.

AUX ETATS-UNIS

Les activistes travaillistes américains ont agi de façon beaucoup plus modeste pour aller au-delà des résolutions.

Les Travaillistes américains contre la guerre, USLAW, dans un effort de dernière minute pour créer plus de dynamisme avant une guerre, a voulu organiser une « journée travailliste pour la paix » le 12 mars. Les actions de cette journée devaient être des protestations locales et des efforts pour informer les gens sur les lieux de travail en distribuant des dépliants, des épinglettes et des auto-collants. On devait encourager des réunions pendant le dîner et dans les salles syndicales. Les activités de cette journée seraient vues comme le tremplin pour des manifestations nationales à Washington et à San Francisco le 15 mars.

Joe Fahey, le président de Teamsters, local 916 et co-président de Teamsters for a Democratic Union, a participé à des actions à Monterey en Californie le 12 mars. D'après M. Fahey, des activistes travaillistes ont fait le tour des lieux de travail, des écoles et un conseil municipal pour parler aux travailleurs et dirigeants politiques de la nécessité de s'opposer à la guerre. En visitant le local syndical des enseignants, la délégation a été surprise de voir les membres préparer des paquets d'informations sur la guerre. « Les gens prennent beaucoup plus d'initiatives individuelles que nous pensions » dit M. Fahey. « C'est un beau moment pour nous dans le mouvement travailliste de sortir et parler aux gens.

Alors que beaucoup d'actions du 12 mars étaient limitées à des événements locaux dans les lieux de travail, il y avait un niveau de coordination entre les groupes au niveau national supérieur à ce qu'on avait vu dans les mois précédents. Une semaine avant le 12 mars, des représentants de conseils travaillistes centraux américains se sont rencontrés pour discuter des plans pour la journée. Quelques syndicats internationaux comme l'American Postal Workers Union et UNITE, ont suivi l'appel et ont encouragé leurs membres à participer.

D'après les organisateurs de USLAW, l'idée d'une journée travailliste contre la guerre est née dans une réunion internationale commanditée par USLAW le 19 février de dirigeants syndicaux intéressés à coordonner une série internationale d'actions contre la guerre.

D'importants contingents travaillistes étaient planifiés pour les grands rassemblements du 15 mars. Des membres du Syndicat des enseignants de Washington, une fédération AFT, par exemple, se sont unis sous une bannière syndicale. Liz Davis, une des organisatrices de ce groupe, croit que « les enseignants ne veulent pas cette guerre à cause des millions de vies qui seraient perdues et les milliards de dollars qu'on enlèverait à l'éducation publique.

Le 16 mars USLAW a appuyé un rassemblement à Chicago pour dire NON à la guerre en Irak (et) OUI aux dépenses pour les familles américaines qui travaillent. » La fin de semaine suivante Les Travaillistes pour la paix et la justice de la Baie du Sud ont planifié une session d' information anti-guerre pour les travailleurs et autres intéressés pour apprendre plus sur l'impact qu'une guerre aurait sur les Américains qui travaillent.

Le travail d'information, allant de sessions informatives à la distribution de pamphlets ou des discussions dans les fédérations, pourrait être la clé de la mobilisation des travailleurs américains. Comme le dit M. Lare : « Il y aura des responsables qui n'aiment pas les débats houleux. On fera des motions pro-guerre. Il y aura des responsables que ne seront pas réélus. Mais sans la démocratie, les résolutions ne deviendront pas des mouvements, et ne survivront pas lorsque les premiers tirs se feront.